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L’incroyable histoire de Heidi le hibou grand-duc, ou comment un dentiste a réussi à sauver la vie d’un hibou

Sauver la vie d’un hibou géant n’est pas un acte courant. C’est pourtant ce qu’a accompli le dentiste Arnout Dierick. En octobre 2020, il a fabriqué un nouveau bec pour un hibou grand-duc, ce qui a permis à l’animal affaibli de recommencer à s’alimenter. Après une longue revalidation, l’oiseau – baptisé Heidi – a été relâché dans les Cantons de l’Est pendant la vague de froid d’avril 2021. Arnout y était : « Un magnifique moment ! »


Un hibou géant devant la porte

Peu importe qu’ils aient dû faire deux trajets d’une heure et demie en voiture. Arnout, sa femme et leur fille tenaient absolument à assister à la remise en liberté du hibou grand-duc dans les bois de Saint-Vith. « Elles sont aussi attachées à ce hibou que moi », confie Arnout. « Elles étaient présentes lorsque j’ai réparé son bec. »

L’intervention a eu lieu en août 2020. C’est à l’initiative d’un voisin qu’Arnout a reçu la visite d’un hibou grand-duc dans son cabinet dentaire. « Le jardin de Marcel Peeters, le fondateur du refuge ornithologique de Kapellen, jouxte le mien. Plusieurs animaux réhabilités du refuge ont été relâchés dans la prairie située à l’arrière de notre maison. Notre fille a même participé à un lâcher d’hirondelles. Un beau moment. »

Il n’a pas été simple d’endormir un tel animal. Même un vétérinaire n’a pratiquement pas d’expérience en la matière. 

Cette fois, Marcel lui a lancé un autre défi. Quelqu’un avait trouvé un hibou grand-duc affaibli, auquel il manquait une partie du bec. « Marcel m’a appelé : “Est-ce que tu pourrais faire quelque chose ?” Il fallait agir vite. Ils m’ont envoyé des photos et j’ai commencé à chercher la meilleure façon de procéder. Un peu plus tard, ils se tenaient avec un hibou géant devant ma porte. »

 

Un vétérinaire est passé faire l’anesthésie. « Il n’a pas été simple d’endormir un tel animal. Même un vétérinaire n’a pratiquement pas d’expérience en la matière. Il a même dû administrer des doses d’anesthésiant supplémentaires à plusieurs reprises pendant l’intervention. »


Une solution temporaire

Un hibou grand-duc est un animal imposant. Mais Arnout ne s’est pas laissé impressionner. « Si on lui retire ses plumes, il ne reste qu’un gros poulet », plaisante-t-il. « Non, plus sérieusement, c’est vraiment un grand animal. Si un tel hibou vous attrape avec ses serres, il peut vous blesser jusqu’à l’os. » Heureusement, on n’en est pas arrivé là.

 

Arnout a décidé de traiter le bec comme une dent cassée. « J’ai fabriqué une prothèse en composite pour remplacer la partie de bec manquante. J’ai fait de mon mieux pour lui donner une forme naturelle. Nous avons même utilisé des feutres à alcool pour colorier le nouveau bec, qui est naturellement presque noir chez les grands-ducs. »


Nous avons même utilisé des feutres à alcool pour colorier le nouveau bec, qui est naturellement presque noir chez les grands-ducs. 

« Il s’agissait de toute façon d’une solution temporaire », précise Arnout. « Le bec des hiboux repousse. Un peu comme un ongle. Cet oiseau aiguise aussi constamment son bec, comme le font les perruches en utilisant leur perchoir. Lorsque le grand-duc a été relâché, il ne restait plus rien de ma prothèse. Un tout nouveau bec avait déjà poussé. »

 

Arnout sait de quoi il parle. Il était au premier rang lorsque les bénévoles du refuge ornithologique ont remis le hibou en liberté. « Ça a été un moment formidable », se souvient-il. « Ma femme et ma fille ont dû observer la scène de plus loin pour stresser le moins possible l’animal. Nous ne savions pas ce qui allait se passer. Le hibou s’envolerait-il immédiatement ou n’oserait-il pas sortir de sa cage ? » La réalité s’est située entre les deux. Le grand-duc Heidi a hésité un instant lorsque la trappe de la cage s’est ouverte, avant de s’envoler d’un puissant battement d’ailes vers la lisière de la forêt…

 

… et de se retrouver dans un arbre. « Elle était suspendue la tête en bas », raconte Arnout. « Il faut dire que cela faisait des mois qu’elle n’avait pas volé aussi loin. » Tout s’est bien terminé. « Une bénévole s’est approchée et le hibou a sauté au sol. Puis il s’est envolé dans les bois et on ne l’a plus revu. »

Ouh ouh, le hibou

  • Le hibou grand-duc est la plus grande espèce de hibou d’Europe. « Autrefois, il ne fréquentait pas nos contrées mais, depuis dix ans, les observations de grands-ducs se multiplient », explique Marcel Peeters du refuge ornithologique de Kapellen. « En raison de l’adoucissement des températures, le grand-duc trouve davantage de jeunes proies dans la nature. »
  • Heidi est un hibou grand-duc femelle adulte. Les femelles mesurent en moyenne 67 centimètres (elles sont plus grandes que les mâles).
  • L’envergure des ailes d’un hibou grand-duc est de 175 à 190 centimètres.
  • Ce type de hibou chasse au crépuscule. « C’est ce qui explique la couleur spéciale des yeux », indique Marcel. « Les hiboux aux yeux noirs ne chassent que la nuit. Un hibou grand-duc chasse aussi au crépuscule. »
  • Le régime alimentaire d’un hibou grand-duc est très varié. « Il mange pratiquement de tout », affirme Marcel. « De jeunes lapins, des lièvres, des merles, des renardeaux, des hérissons… Un jour, nous avons même trouvé deux carcasses de hérons dans un nid de grand-duc. »

Personne ne sait ce qu’il adviendra du hibou grand-duc remis en liberté. Heidi ne porte pas d’émetteur radio. « Je trouve ça dommage, car je m’y suis émotionnellement attaché. Mais un hibou grand-duc n’en a évidemment que faire », sourit Arnout. « Elle est libre de vivre sa vie. La zone où elle a été relâchée est si vaste et si peu peuplée qu’il y a peu de chances d’interaction avec les humains. Elle n’y manquera pas de nourriture. Un autre hibou grand-duc femelle avait déjà été relâché dans la nature au même endroit après sa revalidation. Elle a été baptisée Angela, encore un nom allemand, comme Heidi. Ça tombe bien, puisqu’elles ont été relâchées dans la partie germanophone du pays. »

Yeux rouge-orangé

La remise en liberté de Heidi a été le point d’orgue d’une période intense. Après l’opération réussie du bec, le stress était à son comble pour Arnout et les bénévoles du refuge. Le hibou réussirait-il à s’alimenter avec son nouveau bec ? Reprendrait-il suffisamment de forces pour survivre à l’état sauvage ?

 

« Pour la laisser se rétablir tranquillement, ils ne l’ont pas laissée au refuge, mais installée chez Marcel », raconte Arnout. « Il a une immense volière dans son jardin. Au début, il a fallu la nourrir, mais au bout d’un moment, elle a recommencé à attraper elle-même des proies comme des poussins et des lièvres, qu’elle déchiquetait pour les manger. Ça peut sembler cruel, mais c’est comme ça que ça se passe dans la nature. »

Je me suis dit, cet oiseau va m’être reconnaissant, mais non. Un hibou ne ressent absolument aucune émotion.

Au cours des six mois que Heidi a passé dans la volière, Arnout lui a rendu visite plusieurs fois. « Je me suis dit, cet oiseau va m’être reconnaissant, mais non. Un hibou ne ressent absolument aucune émotion », constate Arnout en riant. « Elle m’observait d’un regard menaçant, toutes plumes dressées. Et ces yeux… On dirait qu’ils sont branchés sur une prise électrique, tellement ils sont spéciaux. Ils sont de couleur rouge-orangé. Ce sont les plus beaux yeux que j’ai jamais vus. »


Poussins au menu

Au bout d’à peine deux mois, il ne restait plus rien du bec artificiel. Et quatre mois plus tard, Heidi avait retrouvé assez de force pour être relâchée. « Les derniers jours, ils lui ont donné un lièvre et de nombreux poussins pour qu’elle ait de la réserve. » La libération de l’animal a été un moment important pour Arnout. Est-il fier de sa réussite ? « Je n’appellerais pas ça de la fierté. Je me suis surtout bien amusé. Ce sont les gens du refuge ornithologique qui ont nourri Heidi tous les jours. Ce sont eux qui doivent être fiers. Je me sens plutôt comme un touriste dans l’histoire. »

Si c’était à refaire, je m’y prendrais autrement. Mais il y avait urgence.

L’histoire d’Arnout et du grand-duc a été relayée par la presse nationale. « Mes patients ont trouvé ça formidable que leur dentiste ait confectionné un bec de hibou. Personnellement, je trouve qu’on m’a fait trop d’honneur. Je n’ai joué qu’un rôle secondaire. » Et il le referait sans hésiter. « Absolument, ils savent qu’ils peuvent toujours compter sur moi. Simplement, je m’y prendrais autrement. Mais il y avait urgence. Entre-temps, j’ai eu le temps de me documenter davantage. »

 

Le prochain hibou qui arrivera dans son cabinet sera donc encore mieux soigné. « Au lieu de travailler avec du matériau de remplissage, je ferais rectifier par CAO-FAO (une sorte de robot, NDLR) une prothèse de bec à partir d’un bloc acrylique préfabriqué. Je collerais ensuite cette prothèse au bec avec de la colle acrylique. Cela tient parfaitement. C’est aussi ce que l’on utilise pour les faux ongles. »

Capture au filet

Le grand-duc a bien occupé Arnout ces derniers mois. « Je trouve qu’une aventure comme celle-ci est un cadeau de la vie », dit-il. Quel bilan le refuge ornithologique tire-t-il de cette aventure ? « Au début, personne ne savait si le hibou allait s’en sortir », explique Marcel Peeters, le fondateur du centre, qui a gardé Heidi en observation dans son jardin pendant quatre mois. « J’ai pu la voir recommencer à chasser petit à petit. Au bout d’un certain temps, elle était à nouveau capable de déchiqueter une proie avec son bec. Au début, nous avons dû la nourrir avec une sonde et, plus tard, à la main avec une pincette. » Et cela a fonctionné. « C’est à cela que servent les refuges », observe Marcel avec réalisme.

Nous avons choisi de relâcher Heidi dans les Ardennes, où les proies sont beaucoup plus nombreuses. Je suis presque sûr qu’elle va s’en tirer.

C’est Marcel qui a personnellement attrapé le hibou grand-duc rétabli à l’aide d’un filet de capture et qui l’a placé dans une boîte de transport fabriquée par ses soins. Lors de la vague de froid inattendue, début avril, deux bénévoles se sont rendus avec Heidi à Saint-Vith. Un tapis de neige de plusieurs centimètres recouvrait les Cantons de l’Est ce jour-là. « Personne n’aurait pu prévoir ce temps », dit Marcel. « Mais un hibou sait se débrouiller. Nous avons choisi de relâcher Heidi dans cette région, où les proies sont beaucoup plus nombreuses. Je suis presque sûr qu’elle va s’en tirer. »

 

Et c’est ainsi que s’achève – ou plutôt que recommence – l’histoire de Heidi. Le hibou qui a été sauvé grâce aux efforts d’une équipe de bénévoles et d’un dentiste inventif. Comme le dit l’adage, mieux vaut un bon voisin qu’un ami lointain. Dans ce cas-ci, c’est bien vrai !

Aujourd’hui, Arnout bouillonne de nouveaux projets. Dans quelques mois, il embarquera avec son fils pour une grande aventure à la voile. Vous pouvez suivre leur périple sur https://www.mioshisailing.com


Arnout n’est pas le seul à s’impliquer bénévolement dans la préservation de notre environnement et de tous ses habitants. Avec ces autres héros au grand cœur, il est en bonne compagnie.


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